Une auréole au plafond, un parquet qui gondole, et une question qui arrive avant même la serpillière : en cas de dégât des eaux, qui paie quoi entre le locataire, le propriétaire et les assurances ? C’est le sinistre le plus fréquent en France, loin devant les incendies et les cambriolages, et pourtant la répartition des responsabilités reste floue pour la plupart des occupants.

Voici les règles concrètes : les réflexes de la première heure, qui prend en charge la recherche de fuite selon son origine, comment déclarer dans les délais, ce que l’assurance rembourse réellement, et quoi faire si l’indemnisation proposée ne vous convient pas.

Cas particulier des toitures équipées : une infiltration sous des panneaux photovoltaïques fait jouer la décennale de l’installateur pour l’étanchéité, et votre contrat pour les dégâts. Les détails dans notre guide panneaux solaires et assurance habitation.

L’essentiel sur le dégât des eaux

  • Déclarez sous 5 jours ouvrés à votre assureur, toujours avec une trace écrite.
  • Chacun déclare à son propre assureur, même si la fuite vient du voisin.
  • Recherche de fuite simple = assureur de l’occupant ; recherche destructive = assureur du propriétaire.
  • Vétusté = assurance du bailleur ; défaut d’entretien = assurance du locataire.
  • Un expert est mandaté à partir d’environ 1 600 € de dommages ; en dessous, indemnisation directe.

Les bons réflexes dans la première heure

Avant toute question d’assurance, limitez l’aggravation : c’est aussi une obligation contractuelle, un assuré négligent peut voir son indemnisation réduite.

  1. Coupez l’eau et l’électricité dans la zone touchée : l’eau qui atteint une installation électrique transforme le dégât des eaux en danger immédiat.
  2. Protégez les biens : surélevez les meubles, éloignez tapis et appareils.
  3. Photographiez tout avant de nettoyer : photos et vidéos datées des dégâts, du niveau d’eau, des meubles touchés. Ces preuves conditionnent l’indemnisation.
  4. Prévenez les voisins, le bailleur et le syndic : l’eau voyage, et l’eau chez vous concerne souvent le dessous et les parties communes.
  5. Contactez votre assureur : par téléphone pour ouvrir le dossier, puis par écrit pour la trace.

Qui paie quoi selon l’origine de la fuite

Dégâts de moisissure sur mur en placo BA13 montrant la contamination profonde du plâtre par l'humidité

La règle générale tient en une phrase : chaque occupant déclare à son propre assureur, et les assureurs se répartissent ensuite les coûts entre eux, le plus souvent via la convention IRSI qui organise la gestion des sinistres de moins de 5 000 € en immeuble. Voici la répartition concrète :

SituationQui prend en charge
Fuite chez vous, recherche non destructive (tuyau visible)L’assurance de l’occupant (locataire ou propriétaire occupant)
Recherche de fuite destructive (il faut ouvrir les murs)L’assurance du propriétaire non occupant
Locataire non assuréL’assurance du propriétaire non occupant, qui peut se retourner ensuite
Fuite chez le voisinSon assureur, sur la base du constat amiable signé des deux parties
Fuite dans les parties communesL’assurance de la copropriété, activée par le syndic
Origine = vétusté de l’installationL’assurance du bailleur (l’entretien lourd lui incombe)
Origine = défaut d’usage ou d’entretien courantL’assurance du locataire (joint non changé, machine mal raccordée)

La frontière vétusté/entretien est la vraie zone de friction entre locataire et propriétaire : elle est tranchée par l’expertise, d’où l’importance des preuves. Le partage des responsabilités d’humidité entre les deux suit la même logique que pour l’humidité dans un logement en location.

Cas particulier fréquent : la chasse d’eau qui fuit relève de l’entretien courant du locataire, sauf si la pièce défaillante est d’origine ou vétuste.

La déclaration : 5 jours et un constat amiable

Le Code des assurances impose de déclarer ce type de sinistre sous 5 jours ouvrés après sa découverte. En pratique :

  • Doublez l’appel d’un écrit : espace client, mail ou courrier recommandé. En cas de litige, seule la trace écrite compte.
  • Demandez immédiatement un numéro de dossier sinistre : il vous servira à chaque échange, notamment pour la recherche de fuite.
  • Remplissez le constat amiable dégât des eaux dès que des tiers sont concernés : chaque partie le signe et l’envoie à son assureur. Avec un locataire voisin, inutile d’attendre son propriétaire, il est obligatoirement couvert au titre des risques locatifs.
  • Notez l’assureur et le numéro de dossier de vos voisins : cela accélère la coordination entre compagnies.

Le détail des démarches officielles est décrit sur la fiche service-public.gouv.fr dédiée à l’assurance dégâts des eaux.

Expertise et indemnisation : ce que l’assurance paie vraiment

L’expertise n’est pas systématique. Les ordres de grandeur constatés dans le secteur : un expert est mandaté à partir d’environ 1 600 € de dommages pour un dégât des eaux, et autour de 3 000 € tous sinistres confondus. En dessous, l’assureur indemnise directement sur la base de vos preuves et devis.

Le montant versé dépend ensuite entièrement de votre contrat :

  • Valeur à neuf ou valeur d’usage : selon les garanties souscrites et les justificatifs fournis (factures, photos), un meuble abîmé est remboursé à son prix de rachat ou avec une décote de vétusté.
  • La franchise reste à votre charge, et des plafonds par sinistre s’appliquent.
  • Les exclusions du contrat (infiltrations par toiture non entretenue, joints défectueux connus) peuvent réduire ou annuler la prise en charge : lisez-les avant de vous engager sur des travaux.

Deux pièges à éviter : ne démarrez aucun gros travaux sans l’accord écrit de l’assureur (seules les mesures conservatoires urgentes, signalées par écrit, sont admises), et sachez que si vous changez d’assurance après le sinistre, c’est l’ancien assureur qui gère le dossier jusqu’au bout.

Après l’indemnisation vient le chantier du séchage : un mur resté humide développe des moisissures en quelques semaines. Notre guide pour traiter la moisissure sur un mur et le choix d’une peinture anti-humidité couvrent cette étape.

Désaccord avec l’assureur : les recours dans l’ordre

  1. La réclamation écrite : courrier recommandé au service réclamation de la compagnie, argumenté avec les références précises de votre contrat et vos preuves.
  2. La contre-expertise : vous pouvez mandater votre propre expert, à vos frais (certains contrats incluent une garantie honoraires d’expert qui les couvre).
  3. Le médiateur de l’assurance : saisine gratuite si le blocage persiste après la réclamation.
  4. Le tribunal judiciaire en dernier recours, après consultation d’un avocat pour vérifier que l’enjeu justifie la procédure.

Dégât des eaux : questions fréquentes

Qui paie en cas de dégât des eaux chez le voisin ?

Si la fuite vient de chez lui, c’est son assureur qui prend en charge les dégâts causés chez vous. Vous devez malgré tout déclarer le sinistre à votre propre assureur sous 5 jours, avec le constat amiable signé des deux parties : ce sont les compagnies qui se remboursent entre elles ensuite.

Le locataire paie-t-il la recherche de fuite ?

Son assurance organise la recherche simple, non destructive. Dès qu’il faut ouvrir les murs ou les sols, la recherche destructive bascule sur l’assurance du propriétaire non occupant. Si l’expertise conclut ensuite à un défaut d’entretien du locataire, son assureur assume la responsabilité finale.

Quel délai pour déclarer le sinistre ?

5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre, par téléphone puis confirmation écrite. Un retard justifié (absence, hospitalisation) reste défendable, mais la trace écrite de votre déclaration est votre meilleure protection en cas de litige.

À partir de quel montant l’assurance envoie-t-elle un expert ?

Il n’existe aucun seuil légal, mais en pratique un expert est mandaté à partir d’environ 1 600 € de dommages pour un dégât des eaux, et autour de 3 000 € pour les autres sinistres. En dessous, l’assureur indemnise directement sur la base de vos photos, factures et devis.

L’assurance dégât des eaux est-elle obligatoire ?

Pour le locataire, oui : la garantie risques locatifs, qui inclut le dégât des eaux, est une obligation légale. Le propriétaire occupant n’y est pas tenu (sauf en copropriété où une responsabilité civile est exigée), mais un sinistre non couvert se paie alors intégralement de sa poche.

Last Update: 6 août 2026