Trois millions et demi de chaudières au gaz et au fioul à remplacer par des pompes à chaleur. C’est l’objectif que la PPE 3 assigne au logement français d’ici 2035. Publiée le 13 février 2026 par le décret n° 2026-76, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie fixe la trajectoire du pays sur dix ans. Le texte parle en gigawatts et en térawattheures, jamais de votre facture. Pourtant tout y est : ce que l’État financera chez vous, ce qui pèsera plus lourd sur votre abonnement, et le moment de la journée où votre électricité coûtera le moins cher. Traduction, ligne par ligne.

L’essentiel sur la PPE 3

  • Décret n° 2026-76 du 12 février 2026, publié le 13 février, période couverte 2026-2035.
  • Objectif logement : 3,5 millions de chaudières gaz et fioul remplacées par des pompes à chaleur. Aucune interdiction de détenir une chaudière ne figure dans le texte.
  • Solaire : de 19,3 GW installés en 2023 à 55-80 GW en 2035. Éolien terrestre : 21,9 GW à 35-40 GW, surtout par remplacement des machines existantes.
  • Réseaux : environ 100 milliards d’euros d’investissement pour RTE et 96 milliards pour Enedis, répercutés sur les factures via le TURPE.
  • Clause de revoyure prévue en 2027 : les chiffres ci-dessus peuvent être ajustés.

PPE 3 : c’est quoi, et pourquoi ça vous concerne ?

La PPE 3 est la feuille de route énergétique de la France pour 2026-2035, fixée par le décret n° 2026-76 du 12 février 2026. Elle décide combien le pays produira d’électricité, avec quelles sources, et quels usages seront encouragés ou financés. Trois priorités y sont affichées : souveraineté énergétique, neutralité carbone en 2050, compétitivité des prix.

Lignes à haute tension traversant une campagne vallonnée au coucher du soleil, illustrant le réseau électrique français planifié par la PPE 3

Une programmation pluriannuelle n’est pas une loi qui vous interdit quelque chose. C’est un document de planification, révisé par périodes de cinq ans, qui engage les budgets publics et oriente les appels d’offres. Il dit où va l’argent. Rien de plus.

Et c’est précisément pour ça qu’il vous concerne. Les aides à la rénovation, le tarif de rachat de votre surplus solaire, le prix de l’acheminement sur votre facture, les plages d’heures creuses : tout cela découle des arbitrages posés ici, puis traduits en décrets et en arrêtés dans les mois qui suivent.

La précédente édition en donne la mesure. La PPE 2, publiée en 2020, prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. La PPE 3 les conserve tous et vise leur prolongation jusqu’à 50, puis 60 ans. Un virage à 180 degrés. En six ans.

Mon conseil d’architecte : ne prenez pas ces chiffres pour des certitudes. Une clause de revoyure est prévue dès 2027, et l’histoire récente montre qu’une PPE se retourne. Décidez vos travaux sur votre logement et votre budget, pas sur une trajectoire à dix ans.

Chauffage : 3,5 millions de chaudières à remplacer d’ici 2035

C’est le chiffre à retenir pour votre maison. La PPE 3 vise le remplacement de 3,5 millions de chaudières au gaz et au fioul par des pompes à chaleur sur la période. Le raisonnement tient à un rapport de rendement : une pompe à chaleur qui affiche un coefficient de performance de 3 consomme trois fois moins d’énergie primaire qu’une chaudière gaz pour la même chaleur.

Technicien agenouillé réglant l'unité extérieure d'une pompe à chaleur contre un mur en brique rouge

Un point mérite d’être posé clairement, parce que la rumeur dit l’inverse. Le texte ne contient aucune interdiction de détenir ni d’utiliser une chaudière. La bascule passe par les aides, pas par la contrainte : c’est un objectif de politique publique, pas une échéance qui pèserait sur votre installation actuelle.

Le vrai obstacle est ailleurs. Il est humain.

Les inscriptions en formation d’installateur ont reculé d’environ 40 % entre 2024 et 2025 en France, alors que la stratégie nationale bas carbone vise 8,8 millions de pompes à chaleur en service d’ici 2030. Le marché européen, lui, a absorbé 2,9 millions d’unités l’an dernier, en hausse de 13 %. La demande monte. Le vivier de poseurs baisse.

Vous en subirez les effets sur deux points concrets : les délais de rendez-vous et le prix de la main-d’œuvre. Un artisan qualifié et agréé se réserve désormais plusieurs mois à l’avance dans certaines régions. Si votre chaudière a plus de quinze ans, lancez les devis avant la panne, pas après. C’est aussi le moment de vérifier si votre logement supporte une pompe à chaleur hybride plutôt qu’une machine seule, et de contrôler que le modèle retenu figure bien dans la liste des pompes à chaleur agréées.

Solaire et éolien : ce que la PPE 3 change pour un projet chez vous

La trajectoire est massive et elle est datée. Regardez les ordres de grandeur. Le parc photovoltaïque français passerait de 19,3 GW installés en 2023 à 55-80 GW en 2035, avec une étape à 48 GW en 2030. L’éolien terrestre suit un autre chemin : de 21,9 GW à 35-40 GW, obtenus surtout en remplaçant des machines de 2 MW par des modèles de 6 MW sur les sites existants.

Filière2023Cible 2030Cible 2035
Photovoltaïque19,3 GW48 GW55 à 80 GW
Éolien terrestre21,9 GW31 GW35 à 40 GW
Éolien en mer0,4 GW3,6 GW15 GW

Ces gigawatts ont une conséquence directe sur votre toiture. Plus il y a de solaire raccordé, plus la production se concentre au même moment : le milieu de journée ensoleillé. La France a déjà connu plusieurs centaines d’heures de prix négatifs sur le marché de gros en 2024 et en 2025, faute de demande à midi. Le solaire s’autoconcurrence.

Onduleur hybride solaire et batterie de stockage fixés au mur d'une pièce claire

La réponse réglementaire est déjà écrite. Des arrêtés de septembre et de décembre 2025 imposent aux installations renouvelables une capacité d’arrêt progressif, applicable dès avril 2026. Le soutien public bascule aussi de l’obligation d’achat vers le contrat pour différence : si le marché dépasse le prix garanti, le producteur reverse l’écart à l’État.

Traduction pour un particulier : la valeur de votre surplus injecté a plus de chances de baisser que de monter. L’autoconsommation directe, elle, garde toute sa valeur puisqu’elle vous évite d’acheter un kWh au prix de détail.

Concrètement, deux réflexes changent le calcul d’un projet aujourd’hui. Dimensionnez sur votre consommation réelle en journée plutôt que sur la surface de toit disponible. Et regardez sérieusement le stockage par batterie, dont l’intérêt grandit à mesure que le surplus se dévalorise. Avant d’engager, vérifiez ce que vous pouvez encore percevoir avec notre calcul des subventions panneaux solaires.

Votre facture : où passe l’argent de la PPE 3 ?

Une feuille de route énergétique se paie sur trois lignes de votre facture : la fourniture, l’acheminement et les taxes. La PPE 3 pèse surtout sur la deuxième, et elle pèse lourd. Voici où.

  • Les réseaux : RTE prévoit environ 100 milliards d’euros d’investissement sur quinze ans, Enedis de l’ordre de 96 milliards, avec l’objectif d’adapter les infrastructures à un climat à +4 °C. Ces sommes transitent par le TURPE, le tarif d’acheminement, donc par votre abonnement.
  • Le nucléaire neuf : six réacteurs EPR2 sont confirmés à Penly, Gravelines et Bugey, soit environ 10 GW pour 72,8 milliards d’euros. La première mise en service est annoncée pour 2038, avec un contrat pour différence plafonné à 100 euros le mégawattheure.
  • La sécurité d’approvisionnement : un mécanisme de capacité centralisé démarre pour l’hiver 2026-2027, avec l’objectif de sécuriser 85 GW de puissance disponible en pointe hivernale.
  • Le soutien aux renouvelables : environ 7 à 8 milliards d’euros par an en 2025, que la trajectoire prévoit de diviser par deux d’ici 2040 puis de ramener vers zéro en 2055.

Un coût plus discret mérite d’être connu, parce qu’il alimente une grande partie des critiques. EDF a dû moduler 30 TWh de production nucléaire en 2024, contre 16 TWh en 2023, pour absorber les pics de renouvelable. Le record historique était de 51 TWh, en 1994. Ces variations usent les équipements plus vite. Et ça se paie.

Le texte est contesté des deux côtés, ce qui est plutôt sain. Les filières renouvelables jugent les ambitions revues à la baisse. Plusieurs instances scientifiques et parlementaires contestent au contraire l’ampleur des investissements, dans un pays dont la consommation électrique recule depuis 2019. Aucun des deux camps ne détient la réponse à votre place : ce qui compte pour vous, c’est que la part acheminement de la facture est orientée à la hausse. C’est un facteur de plus derrière la question de savoir pourquoi l’électricité reste chère en France.

Heures creuses et flexibilité : le seul levier vraiment entre vos mains

La PPE 3 érige la flexibilité de la demande en chantier prioritaire. Derrière le mot se cache une idée simple : vous faire consommer au moment où l’électricité est abondante, plutôt que construire des centrales pour les deux heures de pointe du soir. Moins cher. Plus rapide.

Vous en voyez déjà l’application sur votre compteur. La réforme des heures creuses déplace une partie des plages vers l’après-midi, entre 11 h et 17 h, pour capter la production solaire. Elle concerne 11 millions de foyers, qui basculent progressivement entre novembre 2025 et fin 2027, et vise à déplacer environ 5 GW de consommation. Le changement se fait à distance, via Linky, sans intervention chez vous.

Quatre gestes suffisent à capter l’essentiel du gain, sans rien perdre en confort :

  1. Le ballon d’eau chaude reprogrammé sur les nouvelles plages, en vérifiant le contacteur jour-nuit. C’est le poste le plus rentable, entre 800 et 1 500 kWh par an dans un foyer de quatre personnes.
  2. La voiture électrique chargée sur créneau, avec l’application du constructeur ou une prise pilotée.
  3. Le lave-linge et le lave-vaisselle lancés en différé, une habitude à prendre une seule fois.
  4. Le pilotage automatique pour ceux que la programmation manuelle lasse au bout de trois semaines : c’est le rôle d’une automatisation sous Home Assistant.

Vérifiez vos propres plages avant tout arbitrage : elles varient selon la commune et le contrat, et beaucoup de foyers ignorent que les leurs ont déjà bougé. Le détail des créneaux se trouve dans notre guide des horaires d’heures creuses.

PPE 3 : les questions fréquentes

La PPE 3, c’est quoi exactement ?

C’est la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée le 13 février 2026 par le décret n° 2026-76 du 12 février 2026. Elle fixe la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035 : volumes de production par filière, trajectoire de sortie des énergies fossiles et priorités de financement public.

La PPE 3 interdit-elle les chaudières au gaz ?

Non. Le texte fixe un objectif de remplacement de 3,5 millions de chaudières gaz et fioul par des pompes à chaleur d’ici 2035, sans aucune interdiction de détenir ou d’utiliser une chaudière existante. La bascule passe par les aides et les primes, pas par une obligation pesant sur les particuliers.

Qui va payer la PPE 3 ?

Le financement se répartit entre l’État, les producteurs et les consommateurs. Pour un ménage, la part la plus visible passe par le TURPE, le tarif d’acheminement inclus dans la facture, qui doit absorber environ 100 milliards d’euros d’investissement RTE et 96 milliards côté Enedis d’ici 2040.

Combien de temps la PPE 3 s’applique-t-elle ?

Elle couvre 2026-2035, soit deux périodes de cinq ans. Une clause de revoyure est prévue en 2027 pour un premier bilan et d’éventuels ajustements de la trajectoire.

La PPE 3 va-t-elle faire monter le prix de l’électricité ?

Les investissements de réseau et le mécanisme de capacité poussent la part acheminement à la hausse. À l’inverse, le soutien public aux renouvelables doit être divisé par deux d’ici 2040 puis ramené vers zéro en 2055, ce qui allège la part taxes à long terme. Le solde net dépendra surtout du niveau réel de la consommation électrique.

Last Update: 8 septembre 2026