Une pompe à chaleur air-eau livre en moyenne 2,9 kWh de chaleur pour 1 kWh d’électricité. Ce chiffre ne vient pas d’une fiche produit : l’ADEME l’a mesuré sur 90 maisons pendant une année entière. Pour comprendre comment fonctionne une pompe à chaleur, il faut donc tenir deux choses ensemble. Un principe physique simple, qui permet de produire plus de chaleur qu’on ne consomme d’électricité. Et une réalité de terrain où le réglage, les radiateurs et la météo font varier ce rendement du simple au double. Auditrice énergétique, je vois les deux côtés chaque hiver. Voici le cycle étape par étape, les différences entre air-air, air-eau et géothermie, et ce qui décide du rendement chez vous.

L’essentiel sur le fonctionnement d’une pompe à chaleur

  • Une PAC ne fabrique pas la chaleur : elle la prélève dehors (air, eau, sol) et la transporte dans le logement grâce à un fluide frigorigène.
  • Le cycle tient en quatre organes : évaporateur, compresseur, condenseur, détendeur. Seul le compresseur consomme de l’électricité.
  • Rendement réel mesuré par l’ADEME : COP 2,9 pour une PAC air-eau (de 1,8 à 4,5), 4,1 pour la géothermie.
  • Le premier levier de rendement n’est pas la marque mais la température de l’eau des radiateurs : environ un point de COP gagné tous les 10 °C en moins.
  • La même machine peut rafraîchir l’été en inversant son cycle : c’est la PAC réversible.

Comment fonctionne une pompe à chaleur : le cycle en 4 étapes

Même par 0 °C, l’air extérieur contient de la chaleur. Une pompe à chaleur la récupère avec un fluide frigorigène qui s’évapore à très basse température, puis la remonte à 35, 45 ou 55 °C pour la restituer dans la maison. C’est le principe du réfrigérateur, retourné : le frigo jette dans la cuisine la chaleur qu’il retire de ses aliments, la PAC jette dans votre salon la chaleur qu’elle retire du jardin.

Le fluide tourne en circuit fermé et passe par quatre organes.

côté source : air, eau ou sol côté logement : radiateurs, plancher, air 1. Évaporateur le fluide froid capte la chaleur de la source et devient gaz 2. Compresseur l’électricité comprime le gaz : pression et température montent 3. Condenseur le gaz chaud cède sa chaleur au logement et redevient liquide 4. Détendeur la pression chute : le liquide redevient très froid gaz basse pression gaz chaud haute pression liquide haute pression liquide froid basse pression 1 kWh d’électricité au compresseur = 2,9 kWh de chaleur en moyenne (ADEME)
Schéma d’une pompe à chaleur en mode chauffage : le fluide frigorigène tourne en boucle entre la source extérieure et le logement.
  1. L’évaporateur capte la chaleur dehors. Le fluide arrive très froid, à l’état liquide. Au contact de l’air extérieur, de l’eau d’une nappe ou du sol, pourtant plus chauds que lui, il se réchauffe et s’évapore.
  2. Le compresseur fait monter la température. Comprimer un gaz le chauffe, comme une pompe à vélo qui tiédit au bout de quelques coups. C’est le seul organe qui consomme vraiment de l’électricité.
  3. Le condenseur restitue la chaleur. Le gaz brûlant cède ses calories à l’eau des radiateurs, au plancher chauffant ou à l’air de la pièce, puis se condense en liquide.
  4. Le détendeur relance le cycle. En faisant chuter la pression, il refroidit brutalement le liquide, qui repart vers l’évaporateur capter de nouvelles calories.

Tout le gain est là. L’électricité ne sert pas à produire la chaleur, comme dans un radiateur à résistance, mais à la déplacer. Déplacer coûte moins cher que produire.

Le fluide a lui aussi son importance, surtout à l’achat. Le R290, c’est-à-dire du propane, affiche un pouvoir de réchauffement de 3, contre 675 pour le R32 et 2 088 pour le R410A, que le règlement européen F-Gas retire progressivement du marché du neuf. Et parce qu’on ne manipule pas un fluide frigorigène sans habilitation, la mise en service d’une PAC revient obligatoirement à un professionnel, même pour un modèle vendu préchargé.

Air-air, air-eau, géothermie : comment fonctionne chaque pompe à chaleur

Unité extérieure d'une pompe à chaleur air-eau posée sur plots antivibratiles contre un mur en pierre

Le cycle est le même partout. Ce qui change, c’est l’endroit où la PAC puise la chaleur et la façon dont elle la distribue, d’où des noms en deux mots : la source, puis l’émetteur. Une pompe à chaleur air-eau prend la chaleur dans l’air et la donne à l’eau du chauffage central. Une pompe à chaleur air-air la rend directement à l’air des pièces.

TypePrend la chaleur dansLa restitue parRendement réel mesuré
Air-airL’air extérieurDes unités murales ou des gaines qui soufflent l’air chaudNon chiffré par l’ADEME ; consommation de chauffage divisée par 2 face aux radiateurs électriques (88 logements)
Air-eauL’air extérieurL’eau des radiateurs ou du plancher chauffant, souvent aussi l’eau chaude sanitaireCOP 2,9 en moyenne, de 1,8 à 4,5
Géothermie (sol-eau, eau-eau)Le sol, par des capteurs enterrés, ou une nappe phréatiqueLe circuit d’eau du chauffageCOP 4,1 en moyenne, de 2,4 à 7,5
HybrideL’air, avec une chaudière gaz en relaisLe circuit d’eau du chauffageCelui de la partie air-eau tant que la chaudière ne prend pas le relais

Rendements : avis de l’ADEME sur les performances réelles des pompes à chaleur, octobre 2025.

L’air-air domine de loin : 71 % des pompes à chaleur vendues en France en 2024, contre 16 % pour l’air-eau et 13 % pour les chauffe-eau thermodynamiques, selon l’ADEME. C’est la moins chère à poser, souvent vendue comme une climatisation réversible. Elle chauffe la pièce où souffle son unité, pas toute la maison. Une pièce, une unité.

La géothermie a le meilleur rendement pour une raison physique : le sol garde une température stable toute l’année, alors que l’air plonge en janvier, au moment précis où l’on a le plus besoin de chauffer. Elle reste pourtant sous 0,5 % des installations neuves, freinée par le prix des forages.

La pompe à chaleur hybride couple une PAC air-eau et une chaudière gaz qui prend le relais par grand froid. Toute son économie se joue sur la température de bascule entre les deux.

Mon avis d’auditrice : dans une maison déjà équipée de radiateurs à eau, l’air-eau est presque toujours le bon choix. L’air-air convient surtout pour remplacer des convecteurs électriques pièce par pièce.

COP, SCOP, COP réel : ce que rend vraiment une pompe à chaleur

Le COP sur la fiche n’est pas celui de votre facture. Le coefficient de performance (COP) divise la chaleur produite par l’électricité consommée : un COP de 3 signifie 3 kWh de chaleur pour 1 kWh payé. Le SCOP, son équivalent saisonnier, figure sur l’étiquette énergie et tourne autour de 4 pour une PAC récente. C’est une valeur d’essai normalisée, mesurée en laboratoire.

Sur le terrain, l’ADEME a instrumenté une centaine de pompes à chaleur pendant une année complète. Le résultat remet les promesses à leur place. Écart net.

Mesure ADEMERésultat
COP réel moyen d’une PAC air-eau2,9 (de 1,8 à 4,5 selon les maisons)
PAC sous un COP de 2,5Environ un tiers, par défaut d’installation ou de réglage
Production d’eau chaude sanitaireCOP 2,0 en air-eau, 2,3 en eau-eau
Climat doux contre climat rudeEnviron 30 % de performance en plus dans les régions clémentes

Retenez 2,9 pour vos calculs, pas 4. Avec un kWh d’électricité à 0,2001 € au tarif réglementé d’août 2026, la chaleur d’une PAC air-eau revient alors à 6,9 centimes le kWh, contre 14,4 centimes pour une chaudière gaz : notre comparatif du prix du kWh de chauffage détaille le calcul pour chaque énergie.

Le tiers de machines sous 2,5 est la donnée la plus utile de l’étude. Ces PAC ne sont pas mauvaises. Elles sont mal réglées. Corriger le réglage leur ferait gagner environ un point de COP, soit près d’un tiers de consommation en moins.

Et la consommation d’une pompe à chaleur en kWh, mois par mois, se calcule à partir de ce COP réel : notre guide sur la consommation d’une pompe à chaleur le fait pour une maison type.

Fonctionnement d’une pompe à chaleur en hiver et avec des radiateurs

Une pompe à chaleur fonctionne quand il gèle. Son rendement baisse, mais elle continue de chauffer. Les fabricants annoncent une captation de chaleur dans l’air jusqu’à environ -20 °C pour les PAC air-eau récentes, et le fluide frigorigène reste plus froid que l’air même à ces températures.

Le prix à payer, c’est le COP. Pour une PAC air-air, les repères publiés en septembre 2026 donnent environ :

  • COP 3 à 10 °C dehors, en automne ;
  • COP 2,5 à 5 °C ;
  • COP 2 à 0 °C ;
  • COP 1,7 à -5 °C, encore moins cher qu’un radiateur électrique.

Le COP des fiches techniques est mesuré à 7 °C. La promesse est donc crédible en octobre, optimiste en janvier.

Par temps froid et humide, l’unité extérieure se couvre aussi de givre. La régulation inverse alors brièvement le cycle pour la dégivrer : vous voyez parfois un nuage de vapeur sortir du ventilateur. Ce n’est pas une panne.

Reste le point décisif. Côté radiateurs, tout se joue sur la température de l’eau. Une pompe à chaleur avec des radiateurs donne son meilleur rendement avec une eau entre 35 et 45 °C, alors qu’une vieille chaudière envoie souvent 60 °C. L’ADEME a mesuré qu’on gagne environ un point de COP pour chaque 10 °C en moins sur cette eau.

D’où trois conséquences pratiques :

  • Des radiateurs trop petits obligent la PAC à chauffer l’eau plus fort, et son rendement s’effondre. Demandez à l’installateur la température d’eau prévue avec vos radiateurs actuels.
  • La loi d’eau, qui ajuste la température de l’eau selon la température extérieure, doit être réglée à la mise en service. C’est la première cause des mauvais COP relevés par l’ADEME.
  • Le plancher chauffant à eau est l’émetteur idéal, parce qu’il chauffe une grande surface à basse température. Un plancher chauffant électrique, lui, ne peut pas être alimenté par une PAC.

L’isolation passe avant. Isoler avant d’installer change tout. Sur des maisons simulées par l’ADEME, l’isolation divise la facture de chauffage par 2, la PAC aussi, et les deux ensemble par 4 : une maison isolée chauffée par une PAC à COP 3,9 tombe à 482 € par an, contre 2 092 € au gaz sans isolation.

Pompe à chaleur réversible : comment elle rafraîchit l’été

Même machine, sens inverse. Pour faire du froid, une PAC réversible inverse son cycle. Une vanne dite quatre voies change le sens de circulation du fluide : l’échangeur intérieur devient évaporateur et capte la chaleur de la pièce, l’unité extérieure devient condenseur et la rejette dehors. C’est exactement le fonctionnement d’un climatiseur.

Une PAC air-air réversible est donc une climatisation réversible. Son rendement en froid s’exprime par le SEER, autour de 6 pour un split récent, soit environ trois fois mieux qu’un climatiseur mobile. Ses limites, du bruit à l’entretien, sont détaillées dans notre dossier sur les avantages et inconvénients de la clim réversible.

Une PAC air-eau réversible, elle, rafraîchit surtout par le plancher. Elle y fait circuler une eau fraîche, sans descendre trop bas pour éviter la condensation au sol. C’est un rafraîchissement doux, pas une climatisation : comptez quelques degrés de moins, pas 25 °C garantis en pleine canicule.

Le même principe thermodynamique équipe d’autres appareils de la maison. Le chauffe-eau thermodynamique est une petite pompe à chaleur dédiée à l’eau chaude. Le sèche-linge à pompe à chaleur recycle la chaleur de l’air humide du tambour au lieu de la recréer avec une résistance.

Coût, consommation, entretien et aides d’une pompe à chaleur : par où continuer

Comprendre le cycle ne dit pas encore si une PAC est rentable chez vous. Quatre questions décident du projet, chacune traitée en détail dans un guide dédié.

Votre questionLe repère à retenirLe guide
Combien ça coûte ?13 000 à 15 000 € posée pour une PAC air-eau hors aides, environ le double d’une chaudière gaz (Afpac)prix d’une pompe à chaleur
Quelles aides ?Jusqu’à 10 800 € cumulés pour les revenus très modestes en septembre 2026, MaPrimeRénov’ et CEE réunisMaPrimeRénov’ pour une PAC
Sans avancer l’argent ?Offre intégrée de l’État : aide CEE moyenne de 9 800 €, non cumulable avec MaPrimeRénov’leasing de pompe à chaleur
Quel entretien ?Obligatoire tous les 2 ans pour une PAC de 4 à 70 kW, par un professionnelentretien d’une pompe à chaleur

Un point de vigilance avant de signer : le projet de loi de finances 2027 prévoit de supprimer MaPrimeRénov’ par geste pour les pompes à chaleur au 1er janvier 2027. Ce n’est qu’un projet, suspendu au vote du budget, mais il pèse sur le calendrier d’un devis signé cet hiver.

Méfiez-vous enfin du démarchage à domicile, terrain de jeu des installations bâclées qui finissent sous un COP de 2. Notre guide pour repérer une arnaque à la pompe à chaleur liste les signaux qui doivent vous faire raccrocher.

Comment fonctionne une pompe à chaleur : questions fréquentes

Une pompe à chaleur fonctionne-t-elle quand il gèle ?

Oui. Son rendement baisse avec le froid, autour d’un COP de 1,7 à -5 °C pour une PAC air-air, mais elle reste moins chère qu’un radiateur électrique. L’unité extérieure se dégivre automatiquement en inversant brièvement son cycle.

Peut-on garder ses radiateurs avec une pompe à chaleur ?

Oui avec une PAC air-eau, à condition qu’ils soient assez grands pour chauffer avec une eau à 35-45 °C. Des radiateurs trop petits obligent à monter la température de l’eau et font chuter le rendement : faites vérifier le dimensionnement avant l’installation.

Une pompe à chaleur produit-elle l’eau chaude sanitaire ?

Une PAC air-eau peut le faire avec un ballon intégré ou séparé. L’ADEME mesure toutefois un COP de seulement 2,0 sur ce poste, légèrement moins bien qu’un chauffe-eau thermodynamique indépendant.

Quelle est la différence entre une pompe à chaleur air-air et air-eau ?

Les deux puisent la chaleur dans l’air extérieur. L’air-air la souffle directement dans les pièces par des unités murales, l’air-eau la transmet à l’eau des radiateurs ou du plancher chauffant et peut produire l’eau chaude.

Pourquoi une pompe à chaleur consomme-t-elle moins qu’un radiateur électrique ?

Parce qu’elle ne transforme pas l’électricité en chaleur : elle s’en sert pour faire tourner un compresseur qui déplace la chaleur de l’extérieur vers l’intérieur. En moyenne, 1 kWh d’électricité rapporte 2,9 kWh de chaleur avec une PAC air-eau, contre 1 kWh avec un radiateur.

Peut-on installer et mettre en service soi-même une pompe à chaleur ?

Non pour la mise en service : la manipulation du fluide frigorigène est réservée aux professionnels habilités, même pour un modèle vendu préchargé. Les aides exigent en plus un installateur RGE.

Last Update: 12 octobre 2026